Kelly, vous êtes Américaine, installée en Bourgogne depuis plus de 25 ans et guide-conférencière à Fontaine-lès-Dijon : comment cette double culture et votre formation en art classique et archéologie nourrissent-elles votre regard sur le patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté et la façon dont vous le faites découvrir ?
Tout d'abord chaque guide a son vécue ses expériences qui fait la richesse de toute les visites. Pour ma part, un diplôme d'art et d'archéologie classique aide à comprendre et parfois à expliquer certains aspects de la culture occidentale, que cela soit l'origine grecque ou latine des mots, les influences d'art et d'architecture, les techniques de peinture ou de décore... C'est une bone base de travail (mais pas la seule). Ayant une double culture me sensibilise aux aspects de la culture française ou de l'histoire de la Bourgogne-Franche conté qui semble évident pour un français et moins évident pour un étranger.
Dans vos visites guidées, comment parvenez-vous concrètement à mettre en lumière l’expertise et la singularité de la Bourgogne-Franche-Comté — qu’il s’agisse d’art, d’architecture, de gastronomie ou de paysages — auprès de publics très différents (locaux, touristes français, visiteurs internationaux) ?
Les guides savent en général, adapter leur discours aux différents publics. Le discours qu'on fait aux français n'est pas tout à fait le même qu'on fait aux américains ou aux japonais. En connaissant un peu les cultures variées un je simplifie ou je rentre dans plus de détail selon les visiteurs. Comme ça chaque personne apprend l'essentiel sue la région sans trop dire pour certains et pas trop peu pour d'autre.
Pouvez-vous nous raconter une visite ou un site en Bourgogne-Franche-Comté où vous avez particulièrement senti que votre rôle de médiatrice a changé le regard des visiteurs sur la région, en révélant des savoir-faire ou des histoires méconnues ?
En général j'aime faire connaître la préhistoire et l'antiquité. Évidemment, il y a des sites emblématiques d'Autun et d'Alésia, de Bibracte, du Mont Lassois et le vase de Vix, La roche de Soluté, mais il y a les sites moins connus que je peux évoquer comme les Bolards près de Nuits-saint Georges, Arcenant dans la haute côte. Lors de visites à Dijon, je parle du castrum divin (bourgade fortifié au IIIe siècle) et montre les vestiges quand j'ai le temps. Malheureusement il y a peu de demande pour ces visites parce que la plus part du temps, les sites sont moins spectaculaires que les monuments du Moyen Âge et après.
En tant que guide nationale, vous connaissez sans doute d’autres régions françaises : qu’est-ce qui, selon vous, distingue vraiment la Bourgogne-Franche-Comté en termes de patrimoine culturel et d’expertise, et que ses habitants eux-mêmes sous-estiment parfois ?
Les liens avec la Flandre aux XIVe et XVI siècle. Peu de gens, apart des Belges, savent que la richesses de la Bourgogne venait de Flandre. Ces influences du nord dans l'architecture, de l'art ne sont pas négligeables et je ne suis pas sûre que les Bourguignons apprécient à quel point le duché des Grands Ducs d'occident a influencé la territoire.
Vous travaillez à la croisée de plusieurs domaines – art, archéologie, architecture, vin, gastronomie, nature : comment articulez-vous ces disciplines pour raconter une histoire cohérente de la Bourgogne-Franche-Comté, et quels sont les points de tension ou de malentendu que vous devez souvent désamorcer ?
Personnellement, quand j'ai le temps, je fais un résumé des grandes lignes de l'histoire pour placer les monuments ou sites dans un contexte. Si c'est possible au niveau du temps, je finis avec la Bourgogne d'aujourd'hui ses industries, ses spécialités... On ne peut pas parler de tout au niveau d'art et d'architecture; il faut concentrer sur le site ou monument à voir ou à visiter. L'une chose que j'explique clairement est qu'un Kir et fait avec l'Aligoté et la crème de cassis de Bourgogne et si ce n'est pas avec l'Aligoté, c'est un blanc cassis.
À l’avenir, comment imaginez-vous l’évolution du métier de guide-conférencier en Bourgogne-Franche-Comté, entre montée du tourisme de masse, attentes de slow tourism, enjeux de préservation et nouvelles formes de médiation (numérique, immersive, etc.) pour continuer à valoriser l’expertise du territoire ?
Le numérique et l'immersives sont recherchés aussi bien par les acteurs du tourisme que par les touristes eux-même. C'est l'venir. Il y aura toujours des guides, mais il faut savoir s'adapter et contribuer la création, quand c'est nécessaire, des outils qui complémentent le travail des guides.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui croit déjà connaître la Bourgogne-Franche-Comté — peut-être même un habitant de longue date — pour redécouvrir la région avec un œil neuf et prendre la mesure de la richesse de son patrimoine et de ses savoir-faire ?
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Pour en savoir plus : https://www.guides-bourgogne.fr